Au moment du 40e anniversaire de la guerre des Six Jours, il semble que la région soit toujours en conflit et demeure aussi explosive qu’elle ne l’était en 1967 – et peut-être même plus.



Bien qu’il n’ait été géographiquement confiné qu’au Moyen-Orient, l’impact politique de cette guerre a amplement dépassé les frontières de la région. Rarement dans les annales du monde moderne un conflit aussi bref et aussi localisé aura eu des conséquences globales aussi profondes. Au plan historique, la guerre de 1967 représente une véritable éruption séismique. Le conflit a refondu le paysage politique de la région, démoli les vieux systèmes en place et fait surgir de nouvelles forces.



Les conséquences de cette guerre, née de rêves nationalistes séculaires, ont entraîné des conflits religieux qui continuent de se déchaîner dans la région et le monde entier jusqu’à ce jour. De notre point de vue contemporain, on pourrait considérer la guerre de 1967 comme représentant la mort de deux rêves : le rêve nationaliste profane arabe et le rêve séculaire sionniste.

Six Jours en juin, documentaire historique, jette un regard contemporain sur la guerre des Six Jours en examinant la manière dont la guerre de 1967 a changé à tout jamais le paysage politique du Moyen-Orient en contribuant à détruire les fondements profanes du nationalisme panarabe et à transformer le sionisme séculaire. Le conflit a permis la montée du mouvement nationaliste palestinien et aidé à déchaîner la furie des religions nationalistes et fondamentalistes partout dans la région.



Les semaines qui ont précédé la guerre, ses six jours de combat et les répercussions du conflit constituent l’épine dorsale narrative du film.



Six Jours en juin, est le tout premier documentaire qui examine cette guerre non seulement en tant que récit d’une victoire ou d’une défaite, mais aussi en tant que véritable point tournant ayant marqué la naissance d’un nouveau Moyen-Orient — un Moyen-Orient qui continue aujourd’hui encore à façonner la géopolitique mondiale.



Entremêlant documents d’archives déclassifiés, séquences et photographies récemment découvertes, recréations dramatiques évocatrices, extraits de témoignages inédits et des douzaines d’entrevues avec certains des acteurs de cette guerre, y compris des politiciens, des généraux et des soldats de toutes les allégeances, Six Jours en juin tisse une toile narrative des plus complexes et présente au spectateur un tableau plus complet de la région à ce point tournant critique de son Histoire. Notre récit dramatique se déploie avec l’intensité d’un véritable thriller, tandis que l’action saute de Jérusalem au Caire en passant par Damas, Washington, Moscou, Amman et l’ONU.


Levi Eshkol

Le premier ministre israélien, Levi Eshkol, et le président égyptien, Gamal Abdel Nasser, sont au centre de notre récit. Leur ascension au sommet puis leur chute sont au cœur de la toile dramatique du film.

Au début du film, chacun est à la tête de son pays et aux commandes d’armées redoutables. Le film se termine sur deux hommes brisés. Tandis qu’Israël se laisse emporter par l’euphorie enivrante de sa première victoire sur l’Égypte, Levi Eshkol, premier ministre israélien, a déjà pratiquement sombré dans l’oubli. Forcé d’accepter la nomination du général Moshe Dayan au poste de ministre de la Défense, Eshkol s’est vu écarté de facto de quelque véritable impact que ce soit de la guerre qui se déployait. Il est décédé dix-huit mois plus tard, d’un cancer que sa femme disait provoqué par un « cœur brisé ».

Gamal Abdel Nasser


Gamal Abdel Nasser, symbole des espoirs et des aspirations du monde arabe, apparaît au début du film en véritable Saladin, ce légendaire chef musulman qui avait chassé les Croisés de Jérusalem. À la fin de la guerre, Nasser annonce sa démission à une nation stupéfaite, portant des millions d’Égyptiens en larmes à envahir les rues en suppliant leur leader de rester en poste. «C’était la plus belle et la plus forte manifestation de la puissance du nationalisme arabe.» se souvient Éric Rouleau, correspondant au Moyen-Orient pour le journal Le Monde. «Cela a également marqué sa fin.»

Le vide idéologique laissé par la destruction du rêve national arabe a alors été comblé par le mouvement islamiste militant. Six mois plus tard, Nasser mourait à son tour d’un « cœur brisé ».

Ainsi, le destin de ces deux leaders révèle non seulement un drame personnel des plus captivants, mais aussi une histoire débordant de symbolisme historique.

Si la tragédie personnelle de Nasser reflète la situation difficile du monde arabe, l’annihilation de la carrière politique du premier ministre israélien Levi Eshkol annonce la naissance d’un nouveau rêve national israélien.



Au cours des semaines précédant la guerre, le premier ministre, avec son ton hésitant, ses lunettes épaisses, sa préférence pour le yiddish et son expérience militaire inexistante, était considéré comme un stéréotype du « juif issu de la Diaspora » — contraste marquant avec l’image des « Sabra », ces courageux militaires nés en Israël et possédant d’impressionnantes expériences de combats. Cet homme prudent, qui se méfiait des promesses de ses généraux et de la puissance absolue des armes, a éventuellement été balayé par ses propres généraux et par son ministre de la Défense, Moshe Dayan. Eshkol était intoxiqué par la force militaire d’Israël, ne réalisant pas que, de chaque côté de la Cisjordanie et à Jérusalem, les premiers balbutiements d’un conflit prolongé se faisaient entendre. À la fin de la guerre, sa carrière politique était terminée. Et le pays choisissait de suivre un nouveau groupe de héros qui correspondaient mieux à sa nouvelle image.


Le film se concentre particulièrement sur le déroulement des destins de ces deux personnages.


La première partie porte presque exclusivement sur la marche des événements menant à la guerre. L’histoire des trois semaines critiques qui ont précédé la guerre est racontée par le prisme des drames personnels du leader égyptien Gamal Abdul Nasser et du premier ministre israélien Levi Eshkol. Eshkol n’a jamais voulu la guerre. À l’époque, les généraux israeliens le voyaient comme un faible et un indécis. Aujourd’hui, Eshkol nous apparaît plutôt comme un homme possédant un sens aigu de l’Histoire et mu par un terrible pressentiment, non seulement à propos de la guerre qui se préparait, mais aussi à propos des forces que celle-ci ferait exploser sur le monde.


CLIP DU FILM SIX JOURS EN JUIN

Gamel Abdul Nasser ne voulait pas non plus la guerre. Et pourtant, il s’est engagé sur un chemin qui a conduit l’Égypte à ce qui s’est révélé être son plus grand désastre des temps modernes. Les entrevues du film avec ses anciens adjoints et confidents permettent de brosser un portrait de cet homme complexe, poussé à s’engager dans une guerre dont il sentait qu’il en sortirait défait. À la fin, nous découvrons un Nasser prisonnier de sa propre idéologie et de sa propre rhétorique — un homme poussé au-delà de ses limites par ses propres forces militaires.



Dans la seconde partie, le récit se porte plutôt sur la guerre avec la Jordanie, l’occupation de la Cisjordanie et l’unification de Jérusalem. Eshkol, Nasser, Hussein, leurs conseillers militaires et leurs commandants occupent l’arrière-plan et un nouveau groupe de personnages prend d’assaut l’avant-scène. Ce sont les soldats israéliens et jordaniens qui nous racontent maintenant de première main la stupéfaction des Palestiniens devant les troupes israéliennes victorieuses et les soldats israéliens qui avaient pris part aux combats de Jérusalem pour devenir ensuite chefs d’un mouvement de colonisation.



Le 5 juin 1967, Israël lance une attaque préventive contre l’Égypte. En trois heures à peine, Israël réussit à détruire l’ensemble des forces aériennes égyptiennes, assurant ainsi sa future victoire terrestre. Toutefois, au cours de ces trois premières heures, la Jordanie, contrainte par le traité de défense qu’elle avait signé, a commencé à bombarder Jérusalem-Ouest. Israël riposte sans tarder, profitant de l’occasion pour occuper les sites historiques de la partie arabe de Jérusalem tout comme le reste de la Cisjordanie.


CLIP DU FILM SIX JOURS EN JUIN

L’expansion de la guerre depuis les flans du Sinaï jusqu’à Jérusalem et à la Cisjordanie se révèle être cruciale. Loin de n’être qu’une simple manœuvre d’ordre géographique, l’occupation tant de Jérusalem que de la Cisjordanie transforme la signification de la guerre et de ce qu’elle laisse en héritage. La deuxième partie de Six Jours en juin raconte l’histoire dramatique du conflit, des premières heures euphoriques de l’attaque israélienne au moment où des réfugiés palestiniens se retrouvent au milieu de ce qui était jadis leur quartier, devenu aujourd’hui la place du mur des Lamentations.




Le fait est qu’il s’agit d’une lutte dont les racines sont profondément religieuses. Ce n’est pas quelque chose qu’il est possible de cacher. Et si nous ne reconnaissons pas notre vérité religieuse et spirituelle, alors nous laisserons tout [ce qui nous appartient] aux Musulmans et aux Chrétiens.
Hanan Porat, parachutiste israélien, 1967, et colon

Ceux qui écoutent mon récit de la guerre ne comprennent peut-être pas l’étendue de la tragédie, la sauvagerie des affrontements, la peur, la faim, la douleur, la responsabilité. La défaite est amère. Ce sont les effets psychologiques qui nous hantent le plus longtemps.
Ghazi Rubbaya, commandant jordanien, 1967

Nous sommes un implant étranger et nous sommes entourés de toutes parts de millions d’autres gens – et rien ne changera cet état des choses. Ce n’est pas une solution que de partir d’ici et de leur laisser le pays. Mais si nous ne partons pas, ce conflit ne se terminera pas de si tôt.
Général Yeshayahu Gavish, chef du front sud, armée israélienne, 1967

Et lorsque j’ai vu toute cette destruction [à Jérusalem], j’ai ressenti quelque part en moi une crainte effroyable. Un tout nouveau problème était en train de se créer. Un tout autre problème.
Abdullah Schleifer, journaliste d’origine américaine au Palestine News, 1967

Très bien. Nasser a fait une erreur et Hussein a fait une erreur. Alors pourquoi nous faudrait-il nous aussi tomber dans le piège de ces erreurs et transformer nos vies en enfer constant? Quarante années. Voilà quarante années que nous vivons un enfer constant à cause de cette occupation maudite.
Yossi Sarid, conseiller politique du premier ministre Eshkol, 1967